Pendant près d’une décennie, la finance mondiale n’avait qu’un seul mot à la bouche : l’ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Propulsée par les géants de Wall Street, cette stratégie promettait d’allier bonne conscience et rendements d'avenir. Mais loin des discours marketing, une guerre silencieuse fait rage avec son antithèse absolue : les Vice Funds (les fonds du vice). Alors que le retour de bâton idéologique frappe l’Europe et la Suisse, quelle stratégie dicte réellement la loi des marchés aujourd'hui ? Analyse d’un duel sans concession.
L’illusion de la bulle verte et le retour de bâton
L'histoire récente de l’investissement ESG ressemble à un emballement de fin de cycle. Entre 2018 et 2021, portés par des taux d’intérêt au plus bas et l’explosion des valeurs technologiques (naturellement peu polluantes en apparence), les fonds durables ont surperformé. Beaucoup y ont vu la preuve que la morale avait remplacé le profit.
La réalité s'est avérée plus complexe. Imposés à marche forcée par de grands gestionnaires d'actifs internationaux, les critères ESG font aujourd'hui face à un violent retour de manivelle. Entre accusations de greenwashing (éco-blanchiment), durcissement réglementaire de la FINMA en Suisse et contre-performances chroniques des énergies renouvelables (plombées par l’inflation des coûts de fabrication), le vernis craque. Le grand public et les investisseurs institutionnels boudent désormais les produits trop dogmatiques.
L’art du cynisme économique : La revanche des "Fonds du Vice"
Face à ce repli, les Vice Funds (ou Fonds du Vice) reviennent au centre de l’échiquier. Le principe de ces fonds ? Investir exclusivement dans ce que l'être humain fait de pire, mais de plus rentable : le tabac, les jeux d'argent, l'alcool et, surtout, l'armement et la défense.
La philosophie des fonds du vice repose sur une logique froide : en période de crise, de haute inflation ou de récession, la nature humaine ne change pas. Les dépendances restent rigides, et les budgets militaires augmentent. Depuis deux ans, la résurgence des conflits géopolitiques mondiaux a fait des fabricants de missiles et de matériel de défense les nouveaux rois de la bourse. Exclus des portefeuilles ESG, ces secteurs "bantis" ont offert des rendements spectaculaires à ceux qui ont privilégié le pragmatisme à la doctrine.
Le match des rendements : Qui gagne le duel ?
Si l'on regarde les chiffres bruts, le match s'est considérablement équilibré :
- Sur 5 à 10 ans : L'ESG reste historiquement gagnant. Pourquoi ? Uniquement parce que ces indices intègrent massivement les géants de la tech (Nvidia, Microsoft, Apple) qui ont porté l’intégralité de la croissance mondiale, tandis que le secteur du tabac, pilier du vice, subissait un déclin structurel.
- Sur les 2 dernières années : C'est un match nul technique. La flambée de la tech et de l'intelligence artificielle (côté ESG) a été strictement compensée par l'explosion des valeurs de la défense et du pétrole (côté Vice).
Le marché a tranché : la guerre et l’énergie traditionnelle rapportent désormais autant que la transition technologique.
Le point de vue des experts d’Alpina-Conseil : Vers un retour aux fondamentaux
Nous pensons que la gestion de patrimoine ne doit céder ni aux modes marketing de la finance verte, ni au cynisme absolu des fonds du vice. Protéger et faire grandir un portefeuille en période d'incertitude géopolitique demande de la diversification, une analyse stricte des flux de trésorerie (cash-flows) et un retour aux fondamentaux économiques : la rentabilité réelle des entreprises.
Que l'on cherche la performance dans la sécurité des infrastructures critiques ou dans l'innovation de rupture, le seul critère qui ne ment jamais reste le rendement ajusté au risque.