Le 3ème pilier est devenu un pilier central de la prévoyance suisse
Depuis plusieurs décennies, le 3ème pilier constitue l'un des outils les plus efficaces pour préparer sa retraite tout en bénéficiant d'avantages fiscaux.
Pourtant, malgré sa popularité, de nombreuses idées reçues persistent.
Le 3ème pilier est-il réservé aux hauts revenus ?
Les femmes y cotisent-elles autant que les hommes ?
Les jeunes générations s'y intéressent-elles réellement ?
Et surtout : quelle proportion de la population suisse utilise effectivement cet instrument de prévoyance ?
Les statistiques les plus récentes montrent une réalité plus nuancée qu'on ne l'imagine souvent. Si le 3ème pilier est largement répandu, une part importante de la population active ne l'utilise toujours pas ou l'utilise de manière limitée.
Plus d'un actif sur deux cotise aujourd'hui dans un 3ème pilier
Selon les données de l'Office fédéral des assurances sociales et de l'Administration fédérale des contributions, environ la moitié des personnes exerçant une activité lucrative en Suisse alimentent un pilier 3a. En 2021, 50,5 % des contribuables actifs ont bénéficié de la déduction fiscale liée au 3ème pilier A.
Ce chiffre peut sembler élevé.
Pourtant, il signifie également qu'environ un actif sur deux ne profite pas de cet avantage fiscal pourtant particulièrement attractif.
Cette situation illustre l'un des paradoxes de la prévoyance suisse : alors que le 3ème pilier est souvent considéré comme un outil incontournable de préparation à la retraite, son utilisation reste loin d'être universelle.
Un marché qui dépasse désormais les 140 milliards de francs
L'importance économique du 3ème pilier est considérable.
Les avoirs détenus dans le pilier 3a atteignaient environ 140 milliards de francs en 2022, soit près de 18 % du produit intérieur brut suisse. Depuis 2007, les montants investis dans le pilier 3a ont plus que doublé.
Chaque année, les versements effectués dépassent les montants retirés pour la retraite, l'acquisition d'un logement ou le lancement d'une activité indépendante. Le patrimoine global du pilier 3a continue ainsi de progresser année après année.
Ces chiffres démontrent que le 3ème pilier est devenu bien davantage qu'un simple produit d'épargne. Il représente désormais un véritable pilier du patrimoine privé suisse.
Hommes et femmes : des écarts qui subsistent
Les statistiques montrent également des différences importantes entre hommes et femmes.
Les études consacrées à la prévoyance privée révèlent que les hommes cotisent encore plus fréquemment au 3ème pilier que les femmes. Cet écart s'explique principalement par des différences de revenus, des taux d'activité plus faibles et des interruptions de carrière plus fréquentes chez les femmes.
Lorsque les niveaux de revenus et les situations professionnelles sont comparables, les écarts se réduisent fortement. Le facteur déterminant reste avant tout la capacité d'épargne disponible.
Cette réalité soulève un enjeu important pour la retraite future. Les personnes qui cotisent peu ou pas dans le 3ème pilier risquent plus fréquemment de constater un écart significatif entre leur dernier revenu professionnel et leurs revenus à la retraite.
Les jeunes commencent plus tôt qu'auparavant
Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes générations s'intéressent de plus en plus tôt à la prévoyance privée.
Plusieurs études montrent que la proportion de personnes ouvrant un 3ème pilier avant 25 ans progresse régulièrement depuis une dizaine d'années.
Cette évolution s'explique notamment par une meilleure sensibilisation à la prévoyance, mais également par l'émergence de solutions numériques qui facilitent l'ouverture et la gestion d'un 3ème pilier.
Toutefois, les statistiques montrent également qu'une part importante des jeunes actifs ne cotisent pas encore, principalement en raison de revenus jugés insuffisants durant les premières années de carrière.
Le revenu reste le facteur déterminant
Toutes les études convergent vers la même conclusion.
Le principal facteur expliquant l'utilisation du 3ème pilier n'est ni l'âge, ni le sexe, ni même le niveau de formation.
C'est le revenu.
Plus le revenu augmente, plus la probabilité de cotiser régulièrement dans le 3ème pilier est élevée.
Cette logique est compréhensible. Les ménages disposant d'une capacité d'épargne plus importante peuvent plus facilement immobiliser une partie de leurs revenus jusqu'à la retraite tout en profitant de la déduction fiscale associée.
Mais cette réalité rappelle également qu'un 3ème pilier n'est pas uniquement un outil fiscal.
Il constitue avant tout un instrument de prévoyance destiné à compléter les prestations futures du 1er et du 2ème pilier.
Le 3ème pilier B : un angle mort statistique
Si les données relatives au pilier 3a sont relativement bien documentées, la situation est très différente pour le pilier 3b.
Aucune statistique nationale exhaustive ne permet aujourd'hui de connaître précisément le nombre de contrats, le nombre d'assurés ou les montants détenus dans le 3ème pilier B.
Cette absence de données s'explique par la grande diversité des solutions concernées : assurances-vie, produits d'épargne, placements financiers ou contrats mixtes.
Le pilier 3b reste donc beaucoup plus difficile à mesurer que le pilier 3a au niveau national.
Ce que révèlent réellement ces statistiques
Au-delà des chiffres, une conclusion s'impose.
Le 3ème pilier s'est progressivement imposé comme un élément central de la prévoyance suisse.
Pourtant, près d'un actif sur deux ne l'utilise toujours pas pleinement.
Dans un contexte marqué par l'augmentation de l'espérance de vie, les défis du financement des retraites et l'évolution des marchés financiers, cette situation mérite une réflexion approfondie.
La véritable question n'est peut-être plus de savoir si le 3ème pilier est utile.
La question est de savoir si la stratégie de prévoyance mise en place aujourd'hui permettra réellement de préserver son niveau de vie demain.
Les experts d'Alpina-Conseil accompagnent leurs clients dans cette réflexion afin d'intégrer le 3ème pilier dans une stratégie globale de prévoyance, de fiscalité et de gestion patrimoniale.