Couple marié ou concubinage : quelles différences fiscales en Suisse ?

Publié le 10 juin 2026 à 22:31

Pendant longtemps, la comparaison semblait relativement simple : les couples mariés étaient imposés conjointement tandis que les concubins remplissaient deux déclarations fiscales distinctes.

Mais cette réalité est en train d'évoluer.

La réforme de l'imposition individuelle acceptée par le peuple suisse en mars 2026 prévoit qu'à terme chaque contribuable sera imposé individuellement, indépendamment de son état civil. La célèbre « pénalisation du mariage » devrait ainsi progressivement disparaître.

Faut-il en conclure que mariage et concubinage deviennent équivalents ?

Pas du tout.

Fiscalité, prévoyance, retraite, succession, protection du partenaire survivant ou transmission du patrimoine : des différences importantes subsistent et peuvent avoir un impact financier considérable sur plusieurs décennies.

Chez Alpina-Conseil, association d'experts en fiscalité, prévoyance et gestion patrimoniale, nous constatons que de nombreux couples prennent des décisions sans mesurer toutes leurs conséquences financières.

Voici les principaux éléments à prendre en compte.

L'imposition individuelle va changer la donne

Aujourd'hui encore, les couples mariés sont imposés conjointement alors que les concubins sont imposés séparément.

Cette différence a longtemps créé ce que l'on appelle la « pénalisation du mariage » : certains couples mariés à double revenu pouvaient payer davantage d'impôts qu'un couple vivant en concubinage dans une situation économique comparable.

Toutefois, la réforme de l'imposition individuelle acceptée en 2026 prévoit que chaque adulte sera imposé séparément, quel que soit son état civil.

À terme, la différence fiscale entre mariage et concubinage devrait donc fortement diminuer.

Cela ne signifie cependant pas que les deux situations deviennent identiques sur le plan patrimonial.

Le mariage reste souvent plus protecteur en matière de prévoyance

La prévoyance constitue l'une des principales différences entre les deux statuts.

Dans le cadre du 2ème pilier, le conjoint survivant bénéficie généralement d'une protection prévue par la loi.

Pour les couples vivant en concubinage, les prestations dépendent souvent du règlement de la caisse de pension.

Certaines institutions reconnaissent les partenaires non mariés, d'autres imposent des conditions spécifiques comme une durée minimale de vie commune ou une déclaration préalable.

Une vérification régulière de votre couverture est donc essentielle.

Le 3ème pilier nécessite parfois des démarches particulières

En cas de décès, le conjoint marié bénéficie généralement d'une protection privilégiée.

Pour les couples vivant en concubinage, il est souvent nécessaire d'effectuer des démarches spécifiques afin de désigner correctement le partenaire comme bénéficiaire.

Une simple omission administrative peut avoir des conséquences importantes lors de la transmission du capital.

AVS et retraite : des règles différentes

Les prestations AVS ne sont pas identiques selon le statut du couple.

Pour les couples mariés, les rentes sont soumises à un plafonnement légal.

Les partenaires vivant en concubinage conservent en principe deux rentes individuelles sans plafonnement commun.

Selon les revenus du ménage et les parcours professionnels, cette différence peut avoir un impact significatif sur les prestations futures.

Une analyse globale est souvent nécessaire avant de tirer des conclusions.

Succession : le mariage conserve un avantage juridique important

Le conjoint marié bénéficie automatiquement de droits successoraux prévus par le Code civil.

À l'inverse, le concubin n'hérite de rien en l'absence de dispositions spécifiques.

Sans testament, pacte successoral ou planification patrimoniale adaptée, le partenaire survivant peut se retrouver dans une situation délicate, notamment lorsqu'un bien immobilier est détenu en commun.

Pour les couples non mariés disposant d'un patrimoine significatif, une réflexion successorale est donc indispensable.

Fiscalité successorale : attention aux différences cantonales

C'est probablement l'un des domaines où les idées reçues sont les plus nombreuses.

On entend souvent que les concubins sont lourdement taxés en cas de succession.

Cette affirmation est parfois vraie, mais elle dépend fortement du canton concerné.

Le canton du Valais constitue un excellent exemple. Depuis le 1er janvier 2025, les successions et donations en faveur d'un concubin sont exonérées d'impôt lorsque la vie commune est établie depuis au moins cinq ans ou lorsqu'un enfant est commun au couple.

D'autres cantons, comme Vaud et Genève, appliquent encore des droits de succession potentiellement élevés pour les partenaires non mariés.

La fiscalité successorale doit donc toujours être analysée à l'échelle cantonale.

Immobilier et projets patrimoniaux

Le choix entre mariage et concubinage influence également certains projets immobiliers.

Acquisition d'une résidence principale, financement hypothécaire, planification successorale, protection du partenaire ou transmission aux enfants : les conséquences peuvent varier selon le statut choisi.

Une approche patrimoniale globale permet généralement d'éviter de nombreuses erreurs.

Faut-il se marier pour des raisons fiscales ?

Avec l'arrivée de l'imposition individuelle, la réponse est de moins en moins évidente.

La fiscalité seule ne suffit plus à justifier un choix.

Les questions liées à la retraite, à la prévoyance, à la succession, à la protection du partenaire survivant et à la transmission du patrimoine sont souvent bien plus déterminantes à long terme.

Chaque situation familiale mérite donc une analyse personnalisée.

Conclusion

La réforme de l'imposition individuelle va progressivement réduire les différences fiscales entre couples mariés et concubins.

Pour autant, le mariage et le concubinage continuent d'avoir des conséquences importantes en matière de prévoyance, de retraite, de succession et de planification patrimoniale.

Par ailleurs, certaines règles varient fortement d'un canton à l'autre, notamment en matière successorale.

Avant de prendre une décision ou de mettre en place une stratégie patrimoniale, il est essentiel d'analyser l'ensemble des conséquences financières à long terme.

Questions fréquentes

La réforme de l'imposition individuelle supprime-t-elle la pénalisation du mariage ?

Oui. L'objectif principal de la réforme acceptée en 2026 est de mettre fin aux différences de traitement fiscal liées à l'état civil en imposant chaque contribuable individuellement.

Les couples mariés paieront-ils moins d'impôts après la réforme ?

Cela dépendra de leur situation personnelle, de leur canton de résidence et des modalités de mise en œuvre. Les effets peuvent varier d'un ménage à l'autre.

Le concubin hérite-t-il automatiquement ?

Non. Contrairement au conjoint marié, le partenaire vivant en concubinage ne bénéficie pas automatiquement de droits successoraux.

Les concubins paient-ils toujours des droits de succession ?

Pas forcément. Certaines règles cantonales prévoient des exonérations. En Valais, par exemple, les concubins vivant ensemble depuis au moins cinq ans ou ayant un enfant commun peuvent être exonérés de l'impôt sur les successions et donations.

Le mariage protège-t-il mieux le partenaire survivant ?

Oui. En matière successorale et souvent en matière de prévoyance, le mariage offre généralement une protection juridique plus importante.

Comment savoir quelle situation est la plus avantageuse ?

Une analyse globale intégrant fiscalité, prévoyance, retraite, succession et patrimoine est indispensable pour répondre à cette question.

Notre expertise

Chez Alpina-Conseil, nos experts vous accompagnent dans l'étude de votre situation afin de construire une stratégie adaptée à vos objectifs personnels, familiaux et patrimoniaux.